Quand êtes-vous devenu designer industriel ?
Après avoir quitté Cleveland en 1948, je me suis installé à New York, où j’ai fait une école d’art et de design industriel. Ensuite, j’ai déménagé à Los Angeles où je me suis passionné pour l’électronique. C’était une science qui en était à ses balbutiements, que l’on pouvait apprendre tout seul. J’étais très bon en dessin industriel, et j’ai passé des nuits entières à redessiner les circuits électroniques que je pouvais décortiquer dans des aspirateurs ou d’autres appareils électroménagers…

Les manuels techniques © Yann Stofer

Je me suis inscrit dans une agence d’intérimaire, afin de faire mes premières armes. À l’époque, le travail d’ingénieur électronique n’était pas encore identifié, et personne n’osait embaucher un tel profil, ils préféraient des intérimaires, beaucoup plus payés, mais dont on pouvait se séparer. J’ai passé plusieurs années, dans les années 1950, à ainsi alterner des missions de designer industriel et d’ingénieur électronique.

J’ai dessiné des milliers de produits, c’était ma passion, et je préférais travailler pour de petites structures afin de maîtriser toutes les étapes du design : la conception, le design, la production. Mais maintenant, c’est l’ère de l’hyper-spécialité, ce qui ne m’a jamais convenu. Mon dernier travail d’ingénierie industrielle était chez Thoreau Engineering, chez qui j’ai passé seize années à dessiner et conceptualiser des prototypes de sous-marins, avant de prendre ma retraite.

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Que faisiez-vous chez Atari ?
À 38 ans, j’en ai eu assez des missions d’intérim. Un chasseur de tête voulait absolument m’envoyer chez Atari, qui venait tout juste d’être créé par Nolan Bushnell. Mon numéro de badge était le 395, au siège social en Californie.

J’ai été embauché très rapidement par Bushnell, qui ne m’a posé qu’une seule question : « Si vous y répondez correctement, on vous prend. J’ai deux interrupteurs, et une seule ampoule. Les deux interrupteurs peuvent fermer ou ouvrir la lumière. Dessinez-moi le circuit. » Je lui ai demandé s’il plaisantait, et il m’a assuré que non. C’était la chose la plus simple que je n’avais jamais dessinée… Et je suis entré à Atari.

Des machines d’un autre âge © Yann Stofer

En fait, à l’époque, Bushnell se demandait si je n’était pas un espion envoyé par Bally’s, la plus grosse entreprise de production de machines à sous pour laquelle j’avais beaucoup créé les années précédentes. En effet, à l’époque, Atari développait ce qui allait devenir le plus beau flipper au monde : une merveille technologique mais qui ne pouvait que faire perdre énormément d’argent à son créateur.

Le monde du flipper n’avait pas besoin d’une autre société telle que Bally’s ou Gottlieb, même si leurs productions avaient quelques soucis de production. Très vite, Bushnell a compris que je n’étais pas un espion, mais il n’a pas voulu prendre le risque de me faire travailler sur des produits qui auraient pu intéresser Bally’s, et je me suis retrouvé dans la division ordinateur.

En fait, je soupçonne que les ingénieurs d’Atari étaient des taupes de Bally’s et ont monté la plus belle des arnaques en créant le plus beau flipper possible, mais qui coutait si cher qu’Atari y a perdu des millions de dollars et a arrêté au bout de quelques modèles.

Mais le seul problème, c’est que de nombreux joueurs ont réussi à tricher avec ces machines… et moi le premier !

À l’époque déjà, vous étiez passionné par les machines à sous…
En 1931, au milieu de la Grande Dépression, le Nevada était encore au plus bas, les grandes familles du Nevada s’assoient à la table du gouverneur et décident de deux choses : la légalisation du jeu et la réduction de la durée de résidence à 6 semaines. Ce qui signifie que vous pouviez vous installer 6 semaines à Reno et divorcer sans souci.

Et que feraient les gens pendant ce temps-là ? Ils joueraient. Mais à l’époque, il y avait plus de 2 000 000 de machines à sous dont 90% étaient illégales, dans des casinos clandestins et des speak-easy. Ces machines pouvaient être truquées, bien évidemment, et le Nevada a écrit une sorte de bible sur les règles du jeu dans l’état : le joueur doit savoir contre quelles cotes il joue.

Les souvenirs de la Seconde Guerre Mondiale © Yann Stofer

Aucune des deux parties, casino et joueur, ne doit être trompé dans ses chances. Le pourcentage de gain était défini, dans les machines mécaniques, par la fréquence des rouleaux qui tournaient. Puis les machines électroniques ont rationnalisé ces cotes, ainsi que l’argent qui était joué.

Mais le seul problème, c’est que de nombreux joueurs ont réussi à tricher avec ces machines… et moi le premier ! (rires) À l’époque, d’ailleurs, le responsable de la sécurité du Golden Nugget’s à Vegas, utilisait les tricheurs sans qu’ils le sachent : il observait les tricheurs et dès qu’ils partaient, il retirait les machines à sous défectueuses. C’était du travail presque gratuit pour le casino !

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